Visite du moulin Bourgeois à Couargis

7 mars 2018

Entre pluie et rayons de soleil, M. Hubert Bourgeois nous attend devant le moulin historique de la famille Bourgeois. Une vraie passion pour l’histoire de la meunerie intimement liée à son histoire familiale anime M. Bourgeois qui fait tourner la roue du vieux moulin pour nous ce vendredi de novembre. Rencontre et visite du moulin Bourgeois, à retrouver dans le PEPZINE spécial Bretzel.

DANS LE PAYS DE VERDELOT

S’il y avait plus de 40 moulins le long du petit Morin il y a plus d’un siècle, le vieux moulin de Couargis est désormais le seul à faire tourner sa belle roue de Chêne de temps à autre. Situé non loin du moulin Bourgeois actuel, le vieux moulin a été entièrement rénové il y a une dizaine d’années. Même s’il ne fonctionne plus aujourd’hui, les équipements à l’intérieur sont en état de marche et l’intégralité de l’ingénieux système de mouture de la farine a été préservé et ce depuis 1905 !

MOULIN BOURGEOIS, UNE HISTOIRE DE FAMILLE

En 1895, le grand-père de M. Hubert Bourgeois prend le moulin de Couargis en gérance pour finalement en faire l’acquisition en 1903. Après quoi, en 1911, les 3 frères Bourgeois achètent le moulin de Verdelot qui sera remonté en 1935, année de cessation d’activité de production de farine du moulin de Couargis. Il faut dire qu’en 1911, les frères Bourgeois prennent une concession d’électrification et produisent de l’électricité avec le moulin de Couargis jusqu’en 1974 ! Après quoi la roue du vieux moulin a cessé de tourner jusqu’à sa récente restauration. Aujourd’hui ce sont David et Julien, fils d’Hubert qui dirigent le moulin de Verdelot.

UN PEU D’HISTOIRE…

Si aujourd’hui on a peu à peu oublié l’importance du moulin dans notre alimentation quotidienne, c’était loin d’être la cas dans les siècles passés. En effet, Hubert nous rappelle que la France comptait 140 000 moulins à l’époque de la révolution française ! Au 18è siècle, l’achat de pain représentait 60 % des dépenses monétaires d’un foyer. En 1900, les Français consommaient 1kg de pain par jour, alors que le poilu se voyait recevoir 700g de pain par jour dans les tranchées. Début du 20ème siècle, Couragis écrasait 10 Tonnes de blé en 24 heures. Avant l’arrivée de la baguette (née en 1920), actuel pain national, la miche avait toute sa place.

Concernant la meunerie, rien n’a changé depuis 1850. Bien sûr, les productions ont augmenté, l’énergie n’est plus hydraulique et les systèmes de circulation des grains à l’intérieur du moulin sont différents. Mais la mécanique de fabrication est la même: on sépare l’amande de son écorce (le son) puis on broie les grains. Au moulin de Couargis c’est une dizaine de personnes qui étaient en activité dans les années 1900, de la production de la farine à la production de l’électricité, jusqu’à la réparation des sacs de farine qui étaient consignés et remis en état lorsque nécessaire au dernier étage du moulin.

CONCRÈTEMENT, COMMENT ÇA MARCHE UN MOULIN?

Le moulin à roue hydraulique est fortement dépendant du débit de l’eau qui fait tourner la roue. Jusqu’à l’invention de la machine à vapeur, les meuniers avaient parfois la réputation d’affamer le peuple. En effet, tantôt sécheresse tantôt crue, les conditions n’étaient pas toujours réunies pour que la roue tourne et entraine tout le mécanisme destiné à broyer la farine. A l’intérieur un ingénieux système est en place pour faire monter les grains, les nettoyer, les tamiser («bluter» en langage de meunier) et les broyer et rebelote jusqu’à obtention du type de farine désiré. En 1850, une petite révolution technologique agite le milieu de la meunerie avec l’apparition des appareils à cylindre. En effet depuis les égyptiens, le système de mouture se faisait entre deux pierres, une fixe et une tournante, le blé positionné entre était ainsi écrasé. L’appareil à cylindres quant à lui, broie les grains entre 2 cylindres qui tournent à vitesse différentielle. Les cylindres permettent de produire une farine plus fine, avec moins d’écorces, bien plus adaptée à la fabrication des baguettes. Les grains chargés dans les chaines à godets montent au 4ème étage et tombent dans le boisseau à blé. Après avoir été brossés et déplacés dans le boisseau à blé propre, les grains sont broyés dans les appareils à cylindres. La mouture ainsi obtenue est alors blutée (tamisée) pour séparer les parties fines des parties grossières. La partie fine retombe au pied de la chaine à godets puis les opérations de broyage et de blutage sont réitérées jusqu’à obtention de la texture de farine désirée.

TON MOULIN VA TROP VITE

En effet il arrivait au meunier de rentrer se reposer dans ses appartements mitoyens du moulin. Et pour qu’il puisse dormir sur ses deux oreilles, le moulin était équipé d’un régulateur à boules. Lorsque la roue s’emballait, cet appareil avait une double fonction : fermer la vanne d’arrivée d’eau et faire retentir une sonnette jouant le rôle d’une alarme.

TRANSMISSION ET PASSION

A Couargis Hubert et ses fils David et Julien ont une vraie passion pour la meunerie. Les Bourgeois n’hésitent pas à faire tourner la roue et allumer les lumières dans le vieux moulin pour transmettre un peu de leur histoire et de leurs connaissances autour des rouages et appareils superbement conservés. Lorsqu’on demande à Hubert le secret de son énergie, il nous confie : « On dit qu’une marche d’escalier monté est une seconde de vie supplémentaire », il n’y a qu’à compter les marches des 4 étages du moulin de Couargis pour comprendre!

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